Dans la dernière newsletter de PLAS@PAR, une membre de la fédération à répondu aux 6 questions ci-dessous sans donner son identité, aviez-vous découvert de qui il s'agissait ? Nous levons le mystère aujourd'hui...

 

ÉNIGME

  1. Je suis... expérimentatrice.
  2. J’étudie... les plasmas de fusion.
  3. Si j’étais un plasma, je voudrais être... un coeur planétaire.
  4. Si les plasmas étaient une œuvre, ce serait... “kind of blue” de Miles Davis : intrigant, complexe et cohérent.
  5. Si les plasmas étaient une couleur, ce serait... orange… pas trop froid, pas trop chaud…
  6. Si les plasmas étaient un sport, ce serait... le water-polo… On bouge individuellement mais le mouvement d’un entraine les autres aussi (avec plus ou moins d’inertie) !

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INTERVIEW

Alessandra Ravasio portrait

 

Bonjour Alessandra Ravasio, vous êtes désormais démasquée ! Pouvez-vous nous en dire en peu plus sur votre parcours ? 

Je me suis rapprochée des plasmas pendant mon Master II à l’université de Milan, en Italie. J’ai poursuivi mes études avec une thèse au laboratoire LULI et un post-doc au CEA. Après mon entrée au CNRS en 2008, j’ai aussi effectué une année sabbatique au laboratoire SLAC de l’université de Stanford.

 

Pouvez-vous en dire un peu plus sur vos recherches actuelles en physique des plasmas ?

Dans ma recherche, je m’intéresse au comportement des matériaux soumis à des pressions et températures typiques des intérieurs planétaires. A ces conditions extrêmes (millions d’atmosphères et milliers de dégrées), les matériaux manifestent des propriétés très différentes de celles dont on a l’habitude. L’eau, par exemple, peut devenir métallique et réfléchissante ou bien manifester un comportement très bizarre, entre le liquide et le solide. Ces propriétés, encore mal comprises, peuvent être à la base de plusieurs caractéristiques mystérieuses d’Uranus et de Neptune, tels que leur champ magnétique. De manière similaire, certains minéraux (comme le quartz) peuvent devenir de liquides complexes aux conditions thermodynamiques des manteaux des super-Terres —des exoplanètes analogues à la Terre mais de plus grande taille. Comprendre ces comportements est donc nécessaire pour pouvoir décrire de façon fiable des intérieurs de planètes, mais aussi pour bien comprendre leur formation et évolution. Grâce à des lasers très puissants, et en développant des diagnostics variés, il m’est possible de reproduire ces états extrêmes en laboratoire, et d’analyser les propriétés des matériaux dans ces conditions, comme par exemple leur structure, leur conductivité électrique, etc.

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Image : Illustration : vision d’artiste d’une expérience réalisée à SLAC National Accelerator Laboratory, aux États Unis. En utilisant un laser de puissance couplé avec des rayons X ultra rapides, nous avons pu sonder la structure de silicates liquides à des conditions de pression et température analogues à celle de l’interface entre le manteau et le noyau terrestre. © Greg Stewart/SLAC National Accelerator Laboratory

 

Pouvez-vous partager avec nous les références de vos dernières publications ?

Très volontier !

- Morard et al. 2020, “In situ X-ray diffraction of silicate liquids and glasses under dynamic and static compression to megabar pressures”, PNAS 117 (22) 11981-11986 (2020). doi: 10.1073/pnas.1920470117

- Hernandez et al. 2020, “Direct Observation of Shock‐Induced Disordering of Enstatite Below the Melting Temperature”, Geophysical Research Letter 47,15 (2020). doi:  10.1029/2020GL088887`


- Guarguaglini et al. 2019 “Laser-driven shock compression of "synthetic planetary mixtures" of water, ethanol, and ammonia”, Scientific Reports, 9, 10155 (2019). doi:  10.1038/s41598-019-46561-6

 

Avez-vous une charge d’enseignement ?

Actuellement je me dédie entièrement à la recherche et je n’ai aucune charge d’enseignement.

Sur quel(s) site(s) travaillez-vous ?

Je travaille au sein du Laboratoire pour l’Utilisation des Lasers Intenses (LULI), à l’École Polytechnique, où je réalise des expériences, principalement sur le laser LULI2000. J’ai aussi un bureau sur le site de Jussieu, où je collabore avec plusieurs équipes de l’Institut des Minéralogie, de Physique des Matériaux et de Cosmochimie de Sorbonne Université.

Pouvez-vous nous expliquer les actions que vous menez auprès du grand public ?

Je participe à la fête de la science au cours de laquelle le grand public peut avoir un aperçu des grandes installations que nous utilisons et des domaines de recherche que nous développons autour des plasmas créés par laser et de leurs applications. Je donne également régulièrement des séminaires de vulgarisation sur la physique des matériaux en conditions extrêmes et sur les méthodes que nous développons pour mieux les comprendre.

Si PLAS@PAR doit relever un défi pour les 5 prochaines années, quel est-il selon vous ?

Persévérer dans l’effort de fédérer les étudiants autour de la physique des plasmas, et encourager les études en collaboration entre des laboratoires et des équipes complémentaires pour profiter au mieux des compétences de chacun. Les plasmas sont partout, dans notre vie quotidienne comme dans l’Univers dans son ensemble. Il est important de collaborer au mieux pour faire avancer nos connaissances dans un domaine très multidisciplinaire, et les partager auprès d’un public le plus large possible.

Un dernier mot ?

Merci Charlotte pour cette rubrique, c’est vraiment très sympathique !!


Merci beaucoup Alessandra ! À qui le tour ?